L'autorité, notamment politique, est
en crise. Les Romains christianisés ont, dans l'imitation
des Grecs classiques, fondé la tradition de l'Autorité,
c'est-à-dire l'autorité de la Tradition dont l'essence
n'est plus de " faire naître ", mais celle de faire
croître ce qui a été une fois fondé (Rome,
" ville éternelle "). Cette culture porte une théorie
paternaliste du pouvoir, qui, à l'aube des Temps modernes,
se heurte à l'autorité de la raison.
Bien que ce renouveau de l'autorité tende à l'auto-fondation
de la rationalité politique, il reconduit l'idéal
de l'accroissement, sous la forme désormais de la croissance
illimitée de la puissance économique jusque lors
circonscrite dans les limites de la cité, qui entraîne,
en fin de compte, la défaite de toute autorité.
La crise de l'autorité politique atteint alors, à
travers le libéralisme naissant, la forme qu'elle manifeste
aujourd'hui partout dans le monde où s'étend la
puissance illimitée du marché.
À mesure que croît la dislocation des corps politiques
sous la pression de la délocalisation économique,
se renforce la demande d'une démocratie dont cependant
le formalisme tend à décevoir les peuples.
Que faire pour réinventer l'existence politique si nous
ne devons ni poursuivre indéfiniment une puissance économique
dissolvante, ni tenter de la recourber sous le principe despotique
ou totalitaire d'une autorité illusoire?